Jeudi 2 juillet 2009

 




 

Charpentreau12 avait émis l’hypothèse qu’au minimum, un poème de structure classique, plutôt qu’un ramassis de vers libres, valait sans doute mieux comme poème, sur une même échelle d’inspiration. Techniquement, ce serait un plus, mais sur le plan poétique, il me semble que ça ne change pas grand-chose. Je m’applique peut-être exagérément ou démesurément à percevoir la compréhension de l’objet plutôt qu’à en relever tous les schémas descriptifs possibles, ce qui est le défaut du novice, et contradictoirement, l’assurance du créateur, aussi piètre soit-il. Je m’amuse particulièrement à vouloir dépecer, tel un barbare, le point d’émergence du moi au monde (contact poétique) dans toute manifestation graphique ou scripturale. C’est là que l’œuvre de Matthias Vincenot3 a un intérêt crucial, parce qu’elle porte autant à sentir qu’à entendre. De là, le retour à mes instincts belliqueux, semblables dans une corrida, à un taureau voulant déchirer la barrière rouge qui l’attire indéfiniment, un peu comme le mystère obstrue la vue de certains ; j’extrapole. Il est l’un des rares dont la conception artistique m’apparaît clairement énigmatique, bien qu’un grand nombre d’auteurs réputés s’affairent à en revendiquer l’art : je vais juste référer là à une monographie que j’ai rédigée à son sujet il y a peu de temps4. C’est ce qui va me permettre de gagner subjectivement du temps pour passer au recueil sur Honfleur, qui devait être au centre de la réunion d’information et administrative. Je ne reviendrai pas sur l’étude d’ensemble, ce qui conviendrait à faire plus de paraphrase que d’analyse critique, d’autant plus qu’il s’agit d’un travail de recherche plutôt abouti de la part de Patrick Picornot et d’Aumane Placide, ayant trait à la présence spirituelle et physique de Baudelaire dans le port Normand, à l’embouchure de la Seine : j’ai apprécié particulièrement l’aspect de guide pour un visiteur curieux et attentif qui aime les arts, notamment le domaine pictural, où la grande diversité pulmonaire des espaces favorise une création dense et profuse. En soi, c’est assez banal. Il y a les références livresques, dont celle à Walter Benjamin, Banville, Hugo, Gautier, plus la correspondance, et aussi l’intérêt voué à la zone locale, en passant par l’histoire des enseignes. Je me souviens juste d’avoir froncé légèrement les sourcils sur la réflexion émise à propos de la quête poétique de Baudelaire ; il m’a paru effectivement que cela s’appliquait de façon trop fréquente à tout poète lambda5, et qu’à travers les Paradis Artificiels, le Spleen de Paris et Les Fleurs du Mal, j’avais appliqué ma perception corrélativement au rapport créatif entre le caractère morbide d’une situation et toute forme de vitalité organique67- où il est fait mention d’opium, de vin et de cannabis8 ; de là l’expression charnière du beau mélancolique, du beau dans la souffrance viscérale. Dans l’esprit cinématographique, notamment le genre horrifique parmi les jeux-vidéos contemporains, nous retrouvons cette conception amplifiée9 : nostalgie d’événements troubles, l’aventure est vécue musicalement au rythme de l’animation. Chaque histoire virtuelle exporte un lot de souvenirs dans l’esprit humain, tel un mouvement prononcé de l’âme au tournant d’une nouvelle vie. Si Baudelaire exécute des poèmes tels que la fameuse « charogne », c’est que depuis la noirceur de la décrépitude et l’horreur du dépérissement, tant qu’il y a existence, il y a expression de vie, c’est-à-dire la belle indifférence de l’ « hystérique ». La mort à venir se dissimule sous le masque de l’embellissement ; ce que nous apprécions chez une femme, c’est cet enjolivement de façade, cette joliesse de la chair : tout ce qui s’oppose à l’inéluctable nous paraît beau, charmant, nous émeut. Rien de plus merveilleux que le sentiment de protection viril à l’égard d’une femme qui souffre. C’est ce fard qui nous attire indubitablement, parole de gouffre ! L’effort de plaire implore l’amour, soumis au retour progressif de la naissance à la mort. Pourquoi l’amour ? Parce qu’intérieurement, viscéralement, c’est l’instinct de survie et de renouvellement de soi avec l’autre, la partie du moi qui restera avec la partie de l’autre moi, fécondant le moi entier et substantiel. Renouvellement et nouveauté, voilà la forme active d’un cycle de reproduction tout naturel. Toute une épopée de l’origine. À Honfleur, la mort et la vie s’y épanouissent en douceur, et le rayon de soleil au printemps est un signe annonciateur de floraison intime. L’équilibre des champs de force y est comme apaisé par le vertige des vagues et le malaise de la nue. Toutes ces circonvolutions sentent la fraîcheur du corps humain. La ville est comme le berceau de plusieurs collines environnantes ; vers Gonneville et Équemauville, qui la surplombe comme une tour de gué verdoyante. Plus qu’un port et un havre de paix, c’est le lieu maternel par excellence, le foyer nourricier de l’artiste. Lucie Delarue Mardrus, Erik Satie, Alphonse Allais, Katia Granoff, Henri Janson, Henri de Régnier, Michel Serrault, Françoise Sagan à deux pas... Dans la peinture, il y a bien Eugène Boudin, quant à Monet, nous savons qu’il ne voyage pas très loin d’ici, car nous pouvons retrouver un point de vue sur Harfleur jusqu’au Musée Reina Sofia de Madrid, parmi les grands auteurs du monde. Cela surprendrait en vérité plus d’un honfleurais ! Ce ne sont pas les cheveux hirsutes et les fronts studieux qui manquent autour des bateaux de plaisance, pas loin de l’Hôtel de ville. Ils nous sont tellement mitoyens10 que leur notoriété nous importe moins que leur camaraderie. En face du Havre, plein de houle, recouvert de brume, ils possèdent chacun leur atelier personnel, et ils s’agitent jusqu’au soir, où tout rentre dans l’ombre. Que savons-nous véritablement de ces noms aussi familiers que sont les principales avenues et rues de Paris aux parisiens ? Nous passons à côté, voilà tout. Oui, c’est untel, mais c’est comme d’habitude, ça va de soi, une célébrité de plus ou de moins. À Cuba, en Amérique du Sud, il est de source de voyageur que l’on connaît Honfleur plus que certaines grandes métropoles françaises. Alphonse Allais en premier, c’est le plus connu. Erik Satie, bien sûr, c’est évident ! Après, on entend parler d’Albert Sorel, d’Henri de Régnier, qui n’est pas resté longtemps. Ensuite, ça a tendance à s’évaporer dans la Nature. Pourquoi ? Parce que la Côte de Grâce, le Val la Reine, la grande maison rose de l’acteur, le domaine du cinéaste, la ferme Saint-Siméon, la Chapelle, la Croix du Christ, le Mont Joli, tout ça regorge de foisonnement végétal, de couleurs chatoyantes, de rutilances associées. Nous sommes occupés à vivre à Honfleur, et ce qu’y ont ressenti les poètes en herbe, les habitants l’ont aussi ressenti : industriels et chefs d’entreprises y passent leurs vacances, pour tenter de " ressentir ", eux aussi, et nous les gaussons discrètement. Les " parigos " font toujours marrer, les « lunettes noires en terrain conquis ». La mentalité de la bourgeoisie en haut côtoie celle des pêcheurs en bas. Tout ce petit monde brille en Été depuis les coteaux, le ciel nous en renvoie les reflets des carrosseries, des fenêtres, des habits, des chromes, des bijoux, des dents. Il y a mon grand-père ingénieur qui a participé autrefois aux travaux des ponts et chaussées, je ne l’ai su que bien après, je ne m’en souciais même pas. Mon père lui-même, après avoir fait deux fois le tour du monde sur le France, s’est décidé à épouser ma mère, qu’il a rencontrée après avoir lutté jusqu’au bout pour demeurer à bord. Étincelante, parfois illustre, cette galaxie étoilée en plein jour déborde d’histoires hallucinantes, funestes ou drôles, parmi les flots d’idylles criardes, les nappes de feu et l’horizon à haubans. J’y ai aimé tellement de fois ! Mes vrais amours furent mes premières égéries. Font-elles partie des trois quarts désabusés, ou du quart en errance perpétuelle ? La solitude nous touchait, une éternité nous sépare désormais peut-être. Il vaut mieux voir en plein jour ce que nous jugerons la nuit. Les joies et les peines font partie de l’existence... mais peut-on vivre autrement à Honfleur ? Les sens y perçoivent ce qui est expansif, dans la diversité des regards, tous ces mélanges possibles qui sont comme autant de spécimens qui composent la faune et la flore en plein cœur de la saison, de toute saison, qu’elle soit chaude ou automnale. Il est possible d’aller visiter un parc public, à l’extérieur de la ville, où sont exposés les bustes des principales personnalités qui ont joué un rôle primordial dans l ‘aménagement, la direction, le mécénat ou les arts de la zone portuaire. Les herbes y dansent follement, la plage s’étend en bordure, et je suis souvent tenté de la suivre jusqu’à Villerville ou Houlgate. Ce qui m’attirait étant adolescent en marchant sur le sable mou, c’était tout ce qui est mystère, latence, inconnu. Le fantastique rôde à Honfleur, surtout si l’on remonte la côte d’Équemauville ; la présence de l’imagination souterraine d’Edgar Poe aurait-elle quitté les papiers du grand poète ? Au sortir de la ville, passez d’abord le Collège Alphonse Allais, dépassez la pancarte, montez, et observez sur votre gauche dans le virage en équerre à droite là-haut une maison banale qui fait l’angle, et que vous avez, si vous êtes passé par ici, observé uniquement en plissant un tantinet le front, en vous demandant pourquoi vous aviez jeté un oeil (le bon ou le mauvais) suspicieux là-dessus ; deux sources, à savoir deux courants d’eau se rejoindraient sous la grande masure : on la surnomme depuis des lustres la maison hantée d’Équemauville. À priori, elle est connue des habitants, et personne ne souhaite l’habiter ; ce qu’on lui reproche, ce sont des lumières qui s’allument et s’éteignent la nuit à l’intérieur, des bruits de chaîne qui résonnent dedans, des propriétaires qui y sont devenus fous ou suicidaires. Les rumeurs propagées rapportent une histoire fondée ou non de meurtres y ayant eu lieu à la seconde guerre mondiale. Les allemands ou les nazis y auraient logé. Qui y aurait été tué ? Je ne possède pas plus d’informations à ce sujet, ce qui m’aurait sans doute fait hésiter à y pénétrer un après-midi, totalement à l’improviste. L’habitante a été ravie de me montrer les pièces et les chambres. Rien de choquant a priori. On aurait éventuellement retrouvé de vieilles bouteilles de bière dans les sous-sols. J’ai relevé par contre dans le bureau du premier étage l’odeur de moisi émanant d’une forte humidité : les champignons ont recouvert les coins des murs et des tapisseries obsolètes, je crois même que certains dossiers sont restés intacts à leur place depuis plusieurs décennies, sans être ouverts ni dépoussiérés. Ce qui est étonnant, c’est que beaucoup d’objets sont restés disposés tels quels par les anciens propriétaires. Bizarrement, les manifestations paranormales s’estomperaient dès que le vide est comblé, comme si la maison ne supportait pas les absences. La résidente d’alors m’avait affirmé qu’elle pensait que j’étais plus scientifique que croyant en la magie. Elle n’avait pas tort. J’ai eu l’occasion néanmoins de fréquenter les sibylles. J’ai pu reconnaître que la hiérarchie de leur savoir s’avérait quelquefois impressionnante : Égypte ancienne, Grèce antique, divinités primitives ou tutélaires, hiéroglyphes, leur connaissance des signes dénonçant une maîtrise imperturbable de calculs étranges. Il y a un cas plus récent que celui-ci, si l’on va plus avant dans la campagne ; dirigez-vous vers l’Hôpital, cette fois, où sont nés les habitants de Honfleur et d’Équemauville. En face, perdue au milieu d’une clairière isolée, une bâtisse fut l’endroit d’une découverte dramatique : celui d’un corps calciné de la tête aux pieds, à proximité d’une cheminée, à tel point qu’il n’était même pas identifiable. Autre cas d’auto-combustion : température des cendres plus élevée qu’à la normale, pas de trace criminelle, pas de signe d’inflammation, pas d’anormalité probante d’un événement sinistre, que la marque indélébile d’une mort saugrenue. Ce que j’ai gardé en mémoire depuis que j’ai quitté le Val la Reine pour m’établir à Fervaques, c’est le voisinage qui a disparu corporellement, tout ce qui participa jadis à forger l’espace imaginaire de toute mon enfance, qui tomba en débris dès l’abord de l’adolescence. La Mercedes marron de Serrault, l’ancien Directeur d’Akaï France, le pavillon Louis-Philippe, la propriété des Janson, le château, le bois du Breuil, les balades en vélo autour des quartiers chics et cotés, les montées et les descentes via les sinuosités interminables du Mont-Joli, l’étroitesse des vieux faubourgs, les lanternes luminescentes au crépuscule, le lointain murmure bruissant de la mer, la vieille bibliothèque à côté du Collège Notre-Dame qui a changé de place, la foire, les champs de pommiers, mon jardin blanc des neiges de Décembre. Trouville pour Flaubert, je le conçois mentalement ; j’y ai vécu ma puberté, la plage évoque suffisamment un espace morose fait de recueillement et de plénitude. Maupassant pour Rouen, à quelques kilomètres de la scène de schizophrénie du Horla, je le conçois localement, le fantastique ne choisissant pas ses ancres d’amarrage11. Là-bas, c’est aussi Beauvoir, ses premières expériences dans l’enseignement avant sa trentième année. Le Havre, c’est Sartre, c’est Jeanne Mas, l’existentialisme et le « rouge et noir ». J’oublie certainement, élargissant quelque peu mes vues, telle est ma portée culturelle, des noms de poètes ou d’écrivains notoires qui y sont soit nés, soit passés. Nous nous passerons volontiers d’une mise en revue inutile. Allons donc faire un tour, à présent, du côté des magazines et revues quotidiennes. J’ai eu l’occasion, en quelques années, de pouvoir m’attacher à diverses études concernant la critique littéraire, le texte, et la conception exigeante de la poésie. À commencer par la prestigieuse NRF12, qu’il n’est pas besoin d’épeler, tant ces trois lettres suffisent à patenter ce qui se produit de mieux dans la littérature française. Gage de qualité et de recherche, elle représente à peu près la mode littéraire contemporaine, l’ « air du temps » étant révélateur des ambitions élevées comme des pratiques concrètes. Convaincante dans le domaine de la prose, beaucoup moins sur le plan poétique13, elle possède son panel de professionnels qui la servent d’une plume adroite, impliquée, et aiguisée ; bien que l’aspect formel se répète inlassablement, un grand nombre de talents s’y investissent, bien que le style s’avère plus rare. Je reprocherais néanmoins un point de vue éthique « intéressé ». Nous y croisons quelques remarquables auteurs, avant tout prometteurs par leur jeunesse, notamment Alexis Rautureau ou Grégoire Polet, mais aussi plusieurs invités d’un numéro au suivant, tels que Marie Nimier ou Stéphane Audeguy ; certains thèmes comme " Le monde est un texte14 " sont d’un intérêt philosophique original, l’attachement passager à certains pays, comme la Corée, permet de faire émerger des voix particulièrement fécondes, où l’histoire, l’onirisme et le vécu, se résument ensemble. Les panoramas musical et cinématographique s’avèrent tout à fait appréciables. Le comble de la modernité serait que l’on s’intéresse sans préjugé à l’univers vidéo-ludique. La collection demeure égale : arborant une présentation sobre, elle s’enrichit chaque année d’une sélection mondiale dont l’approche est consciencieuse. Quant au rayon de découverte à l’extérieur, il est entendu que la frontière limitrophe est celle d’un statut de reconnaissance autant du nombre que du niveau d’écriture : pas d’aiguille dans une botte de foin, mais plutôt le choix du pic dans un amuse-gueule. En revanche, le Matricule des Anges a un mode de fouille livresque plus introspectif, notamment dans le domaine national ; le but étant de présenter au jour les écrivains dont l’exercice spirituel et la pratique littéraire tendent à affirmer surtout un renouvellement des formes, des types de perceptions, des visions poétiques, et même pourquoi pas des genres singuliers et des mouvements mineurs. Là où la NRF feuillette les titres au programme, le MDA préfère dénicher fondamentalement de la substance15. Sa critique est vive, souvent enjouée, mais elle dévoile soit les tendances ridicules des uns, soit les défauts d’une disposition d’esprit éditoriale. L’orientation critique selon la pertinence est parfois caricaturiste. Ainsi, elle compare l’empilement des textes de production de la NRF, tout en en faisant remarquer le travail critique lacunaire, à une entreprise : « un peu comme des boîtes de conserve dans un supermarché » (NRF)16. Tantôt, cette orientation critique requiert une valeur stéréo-typique : les textes publiés dans le Coin de table, outre leurs qualités esthétiques, rimeraient avec des « parfums de santal » (Coin de Table)17. C’est une opinion franche, que je préférerais favorablement accueillie, parce qu’elle ne prétend pas à l’intransigeance, et prévient tout ce qui conduit à penser la littérature de façon impartiale, sans revendiquer le vrai absolument. Autrement dit, sa principale qualité est d’être juste ; son principal défaut est d’être enthousiaste ; son principal engouement est d’être juvénile ; son principal intérêt est d’être indispensable. Le Nouveau Recueil, qui a connu sa propre fin en version papier, renaît sur Internet sous la direction de Jean-Michel Maulpoix ; nous y trouvons une réflexion introductive sur la poésie contemporaine, des études sur le lyrisme, un point de vue sur l’évolution des écritures romanesques au vingtième siècle, un regard porté sur la révolution virtuelle, avec les moyens de communication sophistiqués pour partager via l’écran d’un moniteur18, et non plus un format matériel19, l’esprit de la poésie. Beaucoup conviendront qu’il s’agit d’une vision assez succincte de l’avenir littéraire du pays, tandis que quelques noms d’auteurs uniquement sont évoqués ; ce que nous en retiendrons, c’est à peu près le crédit concédé à la subjectivité de l’écrivain : le lecteur apprécie souvent un rapport substantiel par le respect qu’il voue à un nom. Supprimez les noms et prénoms des premières pages de livres vendus, et vous vous rendrez compte que l’appréciation sera sans concession pour les œuvres. Ces réflexions relativement fructueuses peuvent néanmoins se passer, à mon humble avis, de cette expérience potentielle : elles reflètent une argumentation solide, qui n’a pas besoin des médias et des publicités pour se faire valoir20 ; il y a de ces gages tacites entre le lecteur et l’auteur qui passent par l’assurance et la foi, qui n’ont rien de religieux ou de financier, nous nous en doutons bien, mais s’accordent pleinement par l’acte d’exécution motivé à travers le pacte de lecture. Il serait d’ailleurs en ce sens de bon aloi de mentionner le site Écrits-vains qui rassemble une somme de textes livrant un panorama brillant de la poésie contemporaine. Il y a également le Club des Poètes, ainsi que les organisations de soirées à la Sorbonne. Je ne devrais pas oublier la Maison de la Poésie, où d’anciennes revues consistantes sont disponibles, regroupant nombre dossiers et critiques de haute volée. Enfin, la Société des Poètes français21 est très présente grâce à l’espace culturel Monpezat. Une place est faite pour l’Étrave, il existe de même les programmes de publication de micro-éditions, dont l’annonce des viviers est toujours la bienvenue. On peut se référer à la liste établie par la Société des Gens de Lettres22, et il faut être prudent avant de proposer un texte à publier sur n’importe quel site littéraire, qui n’ont pas tous la même conscience professionnelle ni le même niveau d’amateurisme. L’espace Monpezat propose un détour pictural de premier plan, je propose dans un même temps d’aller jeter un œil sur les travaux conçus par les membres distingués du Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres : mélange d’abstraction, d’onirisme, d’effusion ou de nostalgie, ces couloirs d’ornementations spirituelles donnent une idée plus vaste de la peinture, tout en faisant émerger des auteurs minoritairement majeurs, loin des essayistes de copinage majoritairement mineurs, qui ont souvent la manie de plomber l’art par l’imagerie nominative. Nous pourrons retenir pour le site de Flammes vives23 le dépassement des 100 000 visites ; ce qui est gratifiant, bien que cela nous mette cependant dans une situation délicate : pas droit à l’erreur diplomatique, exigence de la mise en forme et des sélections poétiques. À noter l’apparition d’un nouveau concours parrainé par la Croix rouge2425, entre autres. Voilà de quoi combler l’espace de l’esprit où s’élèvent les points de vue26. En parlant d’esprit, je vais palabrer sur une de ses vicissitudes ; il arrive parfois, hélas, que la critique la plus ostensible soit la moins crédible, ou la moins avenue. C’est ce qu’il advint dans l’affaire XXXXXXXXX27, touchant de plein fouet l’Albatros. Tient-on une piste ? La partie de Cluedo consistant à savoir qui pouvait porter ce surnom d’agent double ne m’a pas paru aboutir à grand-chose. Une chose est sûre : c’est qu’il est malaisé de reconnaître l’Académie en question telle qu’elle est décrite par notre ami. Ainsi est-il rapporté par les responsables : « L’un dit que son recueil a été vendu par souscription, un autre que le sien L’or des songes a connu un vif succès et s’étonne que les poètes n’arrivent pas à vendre [...] D’autre part il est dit que la revue fonctionne grâce à des bénévoles qui ne reçoivent aucune rémunération [...] Or, messieurs, votre rémunération sous forme d’avantages en nature consiste en une page fixe consacrée dans notre revue à vos poèmes plus une publication gratuite de recueils à paraître (2 fois ! Pour signaler que le nouveau cru méritait d’être lu) [...] Sans compter la revue de presse où le nom du rédacteur apparaît dans chaque intitulé en filigrane pour ses impressions personnelles, en remerciant pour la parution ou la non parution de son poème dans telle ou telle revue, notons aussi la précision roborative de voyages dans les pays du soleil où la vie est licencieuse [...] Je vous signale que les membres du comité de rédaction ne peuvent prétendre à un prix littéraire de l’Académie. On ne peut être juge et partie [...] Messieurs, un peu d’humilité, moins de prétention [...] Un lecteur parmi d’autres qui dénonce les privilèges. » Voilà ce qu’il en est, rien de bien méchant28, mais de suffisamment aigre pour contribuer à soulever quelques houles parmi les partisans. À vrai dire, je ne pense pas me tromper en affirmant que c’est toujours avec un vif plaisir que l’on apprend qu’un poète, classique et contemporain ou non, publie son œuvre, et même si son enthousiasme peut avoir matière à prétention artistique ou médiatique, cela engage l’auteur, mais comme regard subjectif sur une création personnelle et celle d’autrui, ça n’apparaît franchement pas préjudiciable, dans la mesure où plusieurs champs d’interprétations sont possibles, sans valeur critique explicite. Tout le monde peut participer à publier dans l’Albatros, à condition de respecter les formes fixes, et toutes les règles de la versification française établies durant l’ « âge d’or ». L’adjectif « roborative » me choque moins aujourd’hui qu’à l’époque, qui tendrait à vouloir signifier « supplémentaire et superflue », voire « superfétatoire », « en plus ». Par contre, s’il est possible que la vie soit licencieuse en terre étrangère, ce n’est guère à quoi s’intéresse M. Buridant, ni ce qu’il en retient, en touriste savant. C’est passionnément qu’il relate son parcours en Egypte et vers le Nil, en prenant régulièrement et successivement des notes, à propos de chaque visite, au milieu de chaque discours. Pas de quoi batifoler parmi les muses et les satyres. Il n’y aurait guère d’intérêt à discuter de la température calorique des thermes ou à s’attarder à décrire tous les éléments festifs qui composent une soirée, en décalage. Si l’Académie ne peut être « juge et partie », elle a droit d’expression, et pour cause, c’est le comité de sélection des poèmes ! Les privilèges ont été abolis en 1789, quant à l’avantage autrement que financier, c’est-à-dire substantiel, il n’a pour intérêt que se répartir équitablement et intelligemment entre des auteurs partageant la même ligne éditoriale. Quant au point de vue éthique, je pense qu’une Académie a un intérêt intellectuel plus que de reconnaissance. Se faire lire, oui, se faire valoir, qu’importe ! Au diable la représentation arbitraire et futile des médias ! La construction de l’image saine et authentique d’une société ou d’un nom, qui concerne sa propre réputation artistique, dépend surtout des lecteurs eux-mêmes. Je ne m’adresse néanmoins pas à un auteur, je m’attache à une ombre. Comme toutes ces ombres jetées au hasard, biffées en surface de couleurs, que l’identité invisible n’effarouche point, dont l’idée réjouit ou révolte. Étrange débat d’arrière-garde. Il y a de la contemporanéité dans la poésie classique qui ne s’établit pas par convention d’application du vieux système, mais par l’interaction socio-historique. Jean Moraisin y calque l’évolution culturelle, dans le poème suivant29. C’est sans doute des poèmes de cette trempe, léchés par le festival du monde actuel que j’aimerais voir fleurir plus souvent, plutôt que des lieux communs de rapports conjugaux. M. Picornot a par ailleurs eu le bon goût de citer des vers de Dominique Simonet, qui intègre au cœur du rythme poétique un point de vue fortement existentiel30. Voilà ce qui échappe au commun, ce qui éclate les enveloppes à bulles, troue les murs, distend l’élasticité des cadres, découvre les élévations contextuelles31, ce qui s’applique à mieux appliquer, indépendamment de la demande extérieure. L’Académie classique est certainement plus indispensable au débat poétique que celles dont je vais ostensiblement (et malheureusement, c’est facilité par leur superficialité triviale) faire trahir une panoplie de qualités contestables. D’abord parce qu’elle est érudite et permet indubitablement d’expliquer l’évolution du vers syllabique depuis quelques millénaires – c’est-à-dire depuis l’origine du verbe. Or, rejeter l’histoire de la poésie passée n’a pas de sens culturel, et s’explique uniformément par une disposition de colère obstinée par l’action immédiate, en vue d’une révolution qui ne saurait se satisfaire de la nouveauté plénière, sans motivation, espoir, force, endurance, expérience, exercice ni lueurs. C’est souvent pourtant ce qui eut lieu à différents moments de l’Histoire littéraire, où tel mouvement se montrait renégat vis-à-vis des raisons de sa création relative. Aujourd’hui, les critiques résonnent non pas pour remettre en cause la pratique, mais l’ordonnancement grammatical, syntaxique, et euphonique des mots. Ce qui désintéresse un certain public, c’est la manière plus que l’art ; quelquefois, des textes conformes au système classique sont plus mal pensés que mal écrits. D’un autre côté, c’est toute une partie de l’histoire littéraire qui est remise en cause par plusieurs esprits classiques : le vers libre n’est pas associé à la « vraie poésie », et tout un pan de la réflexion prosaïque passe au tamis, comme toute une série d’originalités inventives issues de la soi-disant avant-garde. Ce qui a abouti à des études poussées consistant à différencier fondamentalement non pas la prose et le poème, mais ce qui est de la poésie de ce qui ne l’est pas, et ce qui me paraît plus approprié, ce qui configure la poésie de ce qui ne la configure pas. Sémiologie, sémantique, connotations, isotopies, figures de style, tout y est passé pour essayer d’évaluer à quel stade évolutif de la pensée abstraite nous pouvions parler de poésie. À quel degré de vérité, à quel choix arbitraire posé, à quel niveau de considération. Ce qui laisse indécis, c’est l’importance que l’on attribuera à celui qui juge, à celui qui est censé savoir, censé se prononcer, celui qui écrit, à l’annonce implicite du pacte de lecture. Si la subjectivité pose une condition, le lecteur l’apprécie. Il y a en outre ce que l’on apprécie en poésie, c’est-à-dire notre vision aspectuelle, l’indication scripturale32 grâce à laquelle nous jugerons d’un texte s’il est poétique. Nous en viendrons à observer que la notion de « poésie », avec l’évolution de la pensée, s’est élargie en une large acception33, ce qui pourrait corroborer avec le fait qu’il existe une « authentique poésie », faite d’ordre et de vraisemblance. Cela dit, nous pourrions de ce fait distinguer l’art poétique de la poésie, dissociation qui s’est amplement accentuée au cours du siècle dernier et des précédentes décennies. Nous avons passé beaucoup de temps à revendiquer la poésie comme poème, et au fur et à mesure que nous avons approfondi notre vision du rapport interactif avec ce qui nous entoure, nous en sommes venus à remettre en cause non seulement la différenciation du fond et de la forme, mais en plus à redéfinir la poésie :

 

le monde

(infini)

 

 

 

 

 

 

     moi/écrivain                                               le lecteur potentiel

 

 

 

          Nous sommes passés progressivement au fil séculaire de la poésie au poétique34 ; peut-on parler pour autant de substantialisation de la forme, et pourquoi pas, de substantification poétique ? Foncièrement, il y a réalisation en même temps de ces deux notions (forme et fond) dans la conception moderne de la pratique d’écriture. Dans le premier sens, c’est annihiler formellement le modèle graphique assigné, au profit du moi par rapport au monde, tout en risquant l’incompréhension de l’autre. Le second sens serait à mon goût plus probable, voire éloquent. Rimbaud parlait d’être « voyant » : je pense a priori que le fait d’être voyant concernerait davantage le lecteur au moment de lire. Quant à la vision, elle relèverait du consentement à voir de l’artiste, alors que le pensum de Rimbaud implique un effort de perception soit scénique, soit vital, et véritablement les deux. L’un perçoit la vision, l’autre conçoit l’effort de vision de la perception de l’autre*.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           1 Cher Coin de table, j’aimerais revenir sur le propos qui fut rapporté par un de vos rédacteurs, par l’intermédiaire de l’Albatros, qui faute d’être remis en cause – on ne remet pas en cause un avis, on le fonde en partage avec autrui -, mérite d’être réfléchi dans la force de son contenu et l’ampleur de sa signification : " L’Albatros ne publie que des poèmes respectant la versification traditionnelle. Du point de vue de l’inspiration, de l’émotion, du sentiment, ces poèmes « réguliers » ne sont ni inférieurs ni supérieurs aux multitudes de poèmes en vers libres publiés ailleurs : l’émotion sensible par certains ; sécheresse (voire ridicule) pour d’autres. Mais on constate que ce vieux corset dans sa rigidité donne encore aux poètes médiocres un avantage sur l’informel ". J’espère que la citation est justement relevée, au risque de porter préjudice à la pensée que je vais concevoir et mettre en exergue là-dessus. Je suis à peu près d’accord avec cette remarque qui se situe entre le jugement et l’observation critiques, bien qu’il y ait à redire, non sur la doxa, mais sur l’appréciation subjective, à savoir sur le terme « ridicule » et sur la mention « médiocre ». Si le sens poétique d’un artiste s’accorde avec la forme à travers laquelle il l’expose, bien qu’il soit parfois difficile de l’imaginer ou de le concevoir – la multitude de textes de composition traditionnelle y faisant foi dans les revues de marque -, je crois qu’on ne peut aller à l’encontre d’un engagement à la fois personnel et sincère. Mais il y a en effet un ridicule qui n’est tout de même pas exhibé à outrance par la revue dite, qui prend soin de bien sélectionner ce qui forge chaque anthologie, mais qu’il est intelligent de mentionner, ne serait-ce non par référence mais par exemple. Il existe certainement des poètes, qui par respect, ou je ne sais quel motif qui confond leur talent et assombrit leur enthousiasme, envisagent de rédiger des vers sous le couvert de l’éthique et avec l’assurance de l’estime, en abusant quelquefois sur le manque d’inspiration ou sur la véritable pertinence, ce qui a pour conséquence d’être relevé la plupart du temps à bon escient, malgré la promptitude ou le zèle de quelques rapporteurs qui aiment à se faire remarquer par une réflexion hors propos. Il est évident que pour l’occasion, il sera – comme je le prétendais – assez rare de discerner un poète vraiment « médiocre » dans le tas, étant donné que la connaissance exigée des règles de la prosodie et de la versification (du dix-septième siècle en plus) impose en matière d’art de l’expérience et de la recherche. En étant jusqu’au boutiste, on peut toujours écrire par imitation d’accent ou de rythme, en pompe et en artifice, sur un ton proche de celui de la bourgeoisie commerçante. Et le décalage dans la manière de s’exprimer avec celle qui nous est actuelle bombe évidemment un ridicule de mode langagier qu’il est aussi délicat de relever qu’il est ennuyeux d’évoquer, notamment si l’on a affaire à l’ouvrage d’un novice. Et qui n’est pas passé par ces préalables, après en avoir été dégoûté, jusqu’à être allé à brûler des brouillons dans les âtres d’un salon, ou au briquet, dans une chambre exiguë, ou, à moins d’être plus moderne, dans la poubelle ? Et le piège évident est bien sûr de palabrer de façon très conventionnelle, autour d’un thème badin, dont l’intelligentsia du classicisme n’est pas exempte. Et peut-être que la poésie actuelle favorise plus les faits de conscience que l’idéologie, les caractères que les beaux sentiments, qu’elle se projette moins qu’elle cherche à appartenir à son temps. À noter que ce sentimentalisme touche également les adeptes du vers libre. Est-il vraiment mieux de décrire avec platitude, émettre une banalité commune au sein d’un vers sonnant creux, au lieu de rester dans l’informel, avec complétude ? Je n’en suis pas sûr, le défaut de l’un étant d’être sans intérêt, l’autre, insignifiant. L’avantage irait même plutôt, au niveau de la réputation individuelle, à l’informel, puisque d’un côté, celle de l’auteur d’un vers sans intérêt se dégrade, car nous devinons trop facilement ce qu’il veut signifier, tandis que dans l’autre cas, nous ne le devinons pas, mais gageons résolument de son insignifiance. Nous dénicherons d’ailleurs, qualitativement, du moyen entre ces deux pôles, mais pour découvrir du bon, il faudra aller voir du côté de la valeur, du sens et de la fonction ensemble. En général, il n’y a pas à se leurrer, on ne relève pas ce qui s’attache à l’extrême. Il y a un ridicule, plus contigu, celui-ci, avec l’extravagance : grâce à la naïveté critique, un écrivain parvient à faire croire qu’en utilisant un lexique riche, son texte s’étoffe, tant par rapport au fond qu’à la forme, alors qu’au lieu d’enrichir une pensée manifeste et nette, on s’engage dans une description mentale qui veut paraître intelligente et abstraite, lors qu’elle est abstraite et descriptive, quand elle n’est pas désinvolte, ayant, vis-à-vis de l’intelligibilité, franchi le pas. C’est, en dehors d’articles remarquablement réfléchis, une farce fréquente. Il existe d’ailleurs dans la présentation du vers libre un ridicule que l’on devrait relever plus souvent, avec insistance, parce qu’il est flagrant, et rend suspect la substance d’une œuvre. C’est d’abord un abstrait qui se veut fin, et ne demande qu’à se mettre en valeur. C’est un ridicule fruit d’une intention préméditée, qui parie sur l’apparence des formes contemporaine, la structure et l’application spirituelle. C’est un ridicule par décalcomanie, plus courant qu’on ne le pense, presque semblable à celui que l’on repère à la fin d’un texte, une notice biographique ostensiblement neutre, ou bien pire encore, un visage à l’avant-garde d’une couverture, comme si la teneur de l’œuvre reflétait bêtement le front de l’auteur–vedette. Enfin tout ce qui, commercialement ou avec préméditation, s’écarte de la littérature ; je dis : un auteur sans visage, une oeuvre qui se tienne et se conjugue sans crainte d’elle-même. N.S2 Voir aussi Charpentreau et le poète-critique - dans l’Agora ou l’Etrave.3 19 Janvier 2009 ; La discordance des temps au Temps des cerises.4 

 

 

* Le temps, un soir

 

C’est le temps qui n’existe plus que sur nos montres

La lumière est étrange, éclairant la pénombre

D’une autre obscurité

Vraiment le temps n’a plus l’apparence du temps

Et la nuit n’a plus l’air d’être vraiment la nuit

Peut-être que parfois, le temps n’existe pas

En tout cas ce soir-là, on ne l’avait pas remarqué

Pas vu pas pris

 

C’est une heure étrange où l’on se tient absent

À soi-même et au monde, pas vraiment en dehors

Simplement autre part

On repère souvent le regard d’une absente

Mais comme elle est absente et que l’on est absent

Souvent elle repart, et l’on repart aussi

On ne s’aperçoit pas que l’on était déjà parti

Dès le départ

 


           5 Il doit être question d’intemporalité et d’absolu : loin d’être grossière, la réflexion est fine.6 Coeff. les pensums de Charles Baudelaire à propos des expositions universelles, du domaine humoristique, de l’esthétique féminine et de la morale.7 À caractériser de la dyspepsie des écrivains, comme le diagnostique Jean-Paul Sartre.8 Vivre un mal être romantique, ou avoir besoin d’inspiration lyrique ?...9 Je fais référence à Resident evil, que je distingue bien sûr du film « gore » : non seulement sa maturité au niveau de la mise en scène est implacable, mais six ans après cet ancien opus (l’évolution du jeu global étant des plus rapides), l’œuvre profonde n’en est pas le moins démodée : le thème de la manipulation génétique, aussi extraordinaire qu’invraisemblable, va inspirer de nombreux titres. Je mentionnerais également, sur le plan psychologique, l’étonnant Silent hill 2, dédale de représentations cauchemardesques, teinté d’onirisme, c’est-à-dire deux jeux phares qui englobent l’expérience ludique et l’émotion réelle dans une même dynamique de progression du personnage, ce qui, par une alliance sensible, au centre d’un mariage du beau et de l’horrible, est digne des grands jeux de rôle.10 Avec le lieu d’inspiration qu’est notre espace commun.11 Visiblement, du moins.12 Qui est affiliée au Concours " Prix du jeune écrivain " (Mercure de France) : véritable école d’écriture, c’est l’épreuve idéale afin de répondre exactement à la demande de l’édition contemporaine, avec encadrement et atelier d’apprentissage. C’est le ménage parfait du commerce littéraire et du rendement qualitatif. Cela permet la mise en valeur d’écrivains assurément doués. L’aspect critique de chaque texte est relativement sommaire, privilégiant les drames humains et psychologiques de la vie quotidienne, imposant une conception arbitraire de l’art : l’attachement à la mode du temps, la promotion du talent commun, le respect de l’organisation d’un type de structure phrastique, lié à une façon protocolaire d’affirmer toute chose, l’orientation d’une certaine recherche syntaxique et l’intérêt porté à la richesse lexicale participent à contribuer à la dépersonnalisation du style.13 Des romanciers à la force de l’âge partagent de temps à autre des moments poétiques d’une fraîcheur relative, grâce à leur expérience passée dans le domaine des Lettres ; mais la plupart du temps, cela ressemble à un loisir audacieux, l’activité quasi-indispensable afin qu’un auteur reconnu soit reconnu comme un auteur de talent. En matière d’art, mis à part l’apport culturel, c’est tout à fait opiniâtre et discutable, exigeant en ce qui compose la teneur, malgré une exposition disparate et emphatique, une critique d’idées plus inspirée de l’interprétation connotative que de la mise en œuvre.14 Numéro 585 Avril 2008.15 En cela, il favorise les grands connus et les grands ignorés.16 Voir la liste des revues passées en revue.17 Idem.18 Internet et la littérature : avenir et tradition, respect des formes, identité de la substance.19 Le lien littéraire via le papier ou via l’informatique me paraît illusoirement différer dans la mesure où c’est le rapport visuel entre l’auteur et le public, qui matériellement, modifie la vision du lecteur de l’auteur lui-même, comme ainsi l’on cherche, selon quelque condition, à distinguer un cadre local, extérieur au travail de l’écriture. Il s’agit pour moi d’un contexte relationnel : cela ne doit en rien préjuger de la teneur même des écrits. J’imagine pourtant que l’appréhension d’un contact via Internet, selon certaine crédibilité, puisse sembler légitime.20 J’avais oublié l’esprit polémique de certaines éditions, fixant mon attention plus particulièrement sur la force évocatrice des noms, dans l’oblitération de la valeur des œuvres – et qui n’est pas des moindres ! Entre vouloir faire entendre certaines affirmations d’ampleur universelle, mais non assurées (poétiquement parlant, de fait), et chercher à promulguer une certaine idée de la littérature, dans un engagement à " dire " idéalement les choses, on en vient à se demander, d’une : qu’est la littérature, que représente-t-elle dans l’univers contemporain, de deux, où réside la valeur des choses ? Engager des théories, des positions, peut-être devrait-on simplement, pour frapper d’authenticité la publicité de certains textes, publier des œuvres sans noms.21 La SPF n’est pas uniquement la " grande " société : elle est la " vraie " société savante, où l’on voit côtoyer la renommée et l’anonymat, là où tout homme se retrouve à égalité en matière de poésie.22 SPF/SGL : le titre et la reconnaissance.23 J’ai eu le plaisir d’y remarquer Sébastien Petit ; ce dernier fait montre d’érudition, a de la maîtrise technique : il est homme avant d’être adulte.24 Nouveau concours littéraire " Mémoires Vives " établi par l’auteur(e) Éléonore Dastugue à l’adresse suivante : http://memoires-vives.over-blog.com. Elle vient d’achever son premier roman, Le Prince du Ciel, tout en entamant une carrière productive ; ça, c’est une débrouillarde.25 J’ai entendu à ce propos que certains auteurs ne comprenaient pas le fait que l’on mît en valeur la souffrance pour pré-texter une production littéraire ; que cela favorisait aimablement le prétexte à la douleur pour produire de la littérature, allant même jusqu’à prétendre que tout cela avait pour but de valoriser toutes les noirceurs possibles, comme si c’était un encouragement au sado-masochisme. Voilà bien la preuve de l’immaturité d’une certaine verve concurrente : si les thèmes évoqués ont trait aux problèmes fréquents ou aux travers de la vie quotidienne, dans toute son authenticité réelle ou abstraite, c’est davantage pour en dénoncer les aspects que pour en admettre les profondeurs.26 En passant par les revues non citées ici, fondations et associations : Le magazine littéraire, La nouvelle donne, L’Infini, Trafic, Brèves, L’encrier renversé, Poésie sur Seine...27 Lettre ouverte à un contempteur ; numéro 118 de L’Albatros.28 Chère ADLPF, J’ai lu dans la revue L’Albatros du mois de Juin le courrier malheureux qui vous a été remis par un certain XXX XXX XXX, qui aurait pu donner son nom et son prénom afin que nous pussions répliquer directement, à vif, plutôt qu’en enveloppant son pamphlet d’un nimbe de mystère, ce qui ressemble assez à un de ces pics lancés au milieu de l’obscurité, vantant quelque secret identitaire, et qui aurait peut-être attiré l’attention si le pamphlet lui-même eut manqué de pertinence. M’attachant moi attentivement aux textes, indifférent quant à l’identité même, je n’aurais pas pris la peine, en toute évidence, de perdre du temps à la rechercher, ni même à livrer de réponse à quelqu’un qui ne se présente pas : parce que la communication à l’écrit correspond à un contact humain, et que n’étant pas poétique, celle-ci ne peut apparaître que comme irréfléchie ou puérile. Je n’ai pourtant pu m’empêcher de sourire en lisant cette lettre : notamment après avoir relevé « roborative » et la « vie licencieuse ». J’avoue n’avoir pas compris aussitôt, il m’a fallu relire plusieurs fois pour savoir où l’auteur voulait en venir, exactement. Je n’aurais pas repris l’intégralité de sa missive pour la montrer aux lecteurs, parce que son contenu n’étant pas glorieux, il n’y a pas d’honneur à la reprendre en détails. Je suis sûr qu’il y a des courriers plus « relevés », qui mériteraient des réponses appropriées ou des digressions subtiles. Ce qui me surprend, en fait, c’est que l’Académie de la Poésie fasse l’objet de critiques en des aspects où elle n’est pas critiquable. Les récits de voyages de M. Tristan Buridant sont passionnants, et en même temps modestes, malgré leur intérêt historique et culturel, et ce, à travers un art du langage tout à fait mature. De même que les « essais » de M. De Meure, ce sont des textes dont la vigueur intransigeante encadre bien la revue proprement dite. J’ai beau de temps en temps remettre en cause le système, intelligemment, si possible, et penser indépendamment la poésie, je m’intéresse aux échanges en relation avec les " anciens ", parce qu’il y a matière, grâce à l’humain savoir, à repenser l’esprit dans sa composition substantielle et sa mise en valeur artistique. Mes salutations distinguées, N.S.

          29 CO2 

 

 

 

 

Pour mon bien-être et ma richesse, il faut creuser,

Fouiller ton ventre obscur, forer, fendre l’écorce,

Extraire, acheminer, t’arracher avec force

Ta chair noire et ton or et te martyriser.

 

J’ampute l’avenir à vouloir refuser

L’échéance fatale. Entre nous le divorce

Est chimique et déjà la conquête s’amorce

Dans l’immense Univers pour le coloniser.

 

Volcan, météorite, avalanche ou séisme,

Aucune catastrophe, autre que l’égoïsme

Ne précipite l’homme au gouffre qu’il atteint.

 

Sur tes soleils couchants s’exhalent des fumées.

À cœur ouvert la Terre agonise et s’éteint.

Las Vegas jette au ciel mes rimes allumées.

 

 

 

 

 

Juin 2008

30


L’enfant sans balle

Et sans sourire,

L’espoir dévale

Sans avenir.

 

Avril 2009

 

           31 Ce qui fornique un nuage et brûle les torchons...32 La valeur présente du signifiant/signifié : son imagerie acoustique, sa portée relationnelle aux éléments du vers, qu’elle soit apparente ou substantielle, sa correspondance avec d’autres verbes, son champ lexical, son lien logique en d’autres termes – homonymie, synonymie, paronymie, antonymie, correspondance, répétition, référence -, l’échelle de gradation lyrique (sentimentalité, émotion, impression), le niveau d’abstraction (onirisme, imagination, travail d’esprit combinatoire, psychisme, synesthésie, mouvement interne), le degré d’élévation à l’appréhension du monde (entente, écoute, curiosité, projection, recul, attention, étonnement, soumission). Je pense à ces vers d’une simplicité commune qui par des jeux de mots complexes, constituent un message ouvertement et explicitement poétique, sans que celui-ci ne mette en scène une vision inspirée, ou un jeu de rhétorique et de finesse.3334 Attention, pas à la poétique.





          * La transposition typographique étant extrêmement déficiente, le calque schématique est impossible.











 

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Par Le satyre - Publié dans : Bases cimiesques
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