Je ne sais comment commencer un début d’introduction : parfois, j’essaie d’y aller naturellement, par la force des phénomènes, tantôt je tente quelque subtilité tirée de la rhétorique d’Aristote, ou d’un melting-pot d’auteurs. Voilà comment, finalement, sans recherche et sans vraiment de finalité, je parviens à élaborer une ébauche de réflexion artistique pour le texte à venir. Ainsi devrait-il en être de tout poème à réfléchir, et non de poème réfléchi : accoucher du verbe sans autre calcul que celui de l’engouement et d’une recherche de plaisir altruiste. Je ne pense pas, bien que je fixe consciencieusement des dates les unes après les autres dans mon agenda, afin de rédiger chaque résumé ou chaque article à la suite, qu’il puisse y avoir un ordre fixé pour appréhender le monde. Pourtant, me direz-vous, il me semble que ce que vous écrivez tient la route, que cette route paraît illuminée, et que malgré la harangue faite en l’honneur de l’impré et de l’invisible, l’ensemble s’articule grammaticalement d’une certaine cohérence syntaxique et sémantique. Oui, vers dix-huit heures, je me suis dit que j’écrirais, et au moment même où j’écris, je me dis que je n’écris pas au moment donné où je dois écrire, mais au moment donné où j’ai décidé d’investir l’espace/temps de mes pensées. Voilà qui est spirituellement bien éthéré, et méritera après plusieurs éclaircissements ; nous comprendrons cependant que la poésie est un spectacle vivant et bien naturel, qui fait, par notre intermédiaire, corps et présence. Cela dit, je m’interroge sur l’acte volontaire : la quête d’un langage idéal qui « dirait », « apprivoiserait » chaque chose dans son mouvement exact, dans son accomplissement, cette " perfection " dont j’avais parlé il y a deux ans, qui ne se représente mentalement sous l’aspect qualitatif ou contributif, mais de l’ « être », et plus particulièrement de l’ « existant », ce qui n’a rien d’intemporel ou d’absurde. Or, faudrait-il que les lecteurs s’intéressent aux choses dites : ces choses dites sont relativement intéressantes, parce que, comme ces fossiles d’archéoptéryx pris dans l’ambre cent mille fois millénaire, elles révèlent ce qu’elles ont été et ne seront jamais plus. C’est ce qui rappelle à la mémoire toute la nostalgie de l’existence et l’intérêt de la vie. Le silence représenterait l’antithèse du " bruit " entendu comme « bruit documentaire », à savoir un flux d’informations intraduisible qui nous traverse et que nous ne voyons pas ; fort heureusement, cela ne saurait faire penser au nuage radioactif. D’ailleurs, je préférerais rectifier « antithèse » par « miroir d’absence symétrique », ce qui est plus juste. L’acte d’écrire ne constitue pas uniquement un compte-rendu de pensum actif : c’est tout une machine infernale qui se met intérieurement en marche, par un mouvement d’esprit, et qui ressasse un flot d’idées dont nous retenons la partie émergeante, celle que nous pouvons traduire, à peu près, par des mots. Opter pour un compte-rendu qui n’apprécierait substantiellement que le « déjà pensé » ne relèverait pas d’un compte-rendu intelligent : la pertinence s’évalue par ce qui a été donné à penser et ce qui est pensé pour l’avenir. Un vrai poème suit le cours des choses. Un vrai compte-rendu le rapporte, c’est la première différence. Jugera-t-on d’ailleurs de mon infirmité à juger l’instant présent, ce qui, au mois de Septembre ou d’Octobre, pendant la réunion annuelle, fut remarquablement le cas, expliquant une fois de plus l’initiative présente, qui voue un sens particulier à notre rencontre. J’ai profité en l’occasion de la compagnie suivante : Claude Prouvost, Martine Aubry et son mari, Didier Cléro, Aline Dorival, Ginette Lindenberg, Annie Mullenbach-Nigay (avec son mari, j’espère, autrement je vais avoir des histoires), Patrick Picornot, Aumane Placide, Jean Rossez, Jean-François Zanette. Il y a des numéros à côté des noms et des prénoms : 1 ou 2, et comme j’étais assis avec Mr. Cléro en face de M. et Mme. Aubry, j’en infère que le chiffre 2 sous-entend qu’il y a une personne d’alliance à côté de l’invité prévu. Qu’il n’y a pas de doubles Martine, Annie, Jean et Jean-François, bien que Mme. Placide ne soit pas sur la liste indicative, ce qui pourrait révéler qu’on ne l’a pas remarquée, et que pourtant je l’ai vue, et qu’elle avait bien l’air d’être là, je veux dire par là qu’elle n’était pas un fantôme. Ma conception poétique n’est pas innée : je suis aidé par mes rêves nocturnes ; souvent, il y a de ces cauchemars, dont la bizarrerie et l’étrangeté nous éclairent philosophiquement de ce qui est et nous entoure. À nous de savoir être lucide et pouvoir faire la part du vrai et de l’imaginaire. Je me suis vu1 récemment en train de traverser un cours d’eau tiède, passant près du barrage de Dinard. Cette écluse en effet n’est plus : elle a été rompue en son milieu il y a des années et des années. Et ce qu’on peut nettement remarquer, c’est que la rouille a pris possession des extrémités résultant de la destruction ancienne. L’eau est recouverte d’une teinte orange et jaunâtre. Un désert de sable nuageux et glauque s’étend dans les alentours. J’avance péniblement vers l’horizon pourpre, d’où émane une désagréable odeur de fer. Je sais pourtant que j’ai échappé à un drame (l’explosion d’un regroupement de centrales nucléaires dans la campagne londonienne2, peut-être). Que si je ne suis pas mort de la catastrophe qui est advenue auparavant (ou autrefois ?), c’est parce que je savais que l’événement se produirait, et qu’il y en avait des signes avant-coureurs. J’ai appréhendé le devenir du présent, voilà ce qui s’est réellement passé. Le présent à venir, au-delà de tout ce décor d’apocalypse vu et revu, je l’ai cerné et j’ai survécu. Mais le plus important à observer, au réveil3, c’est le Temps, qui forme une conjugaison et dont nous catégorisons les étapes du mouvement incessant et perpétuel : passé, présent, futur. Que valent-elles, ces notions arbitraires ? Posons-nous la question : si nous brisons la montre par terre, le Temps s’arrête-t-il ? En outre, nous ne pourrions trouver une définition adéquate et précise du Temps en employant les termes de « futur », « passé » ou « présent », comme l’ont fait certains littérateurs et plusieurs scientifiques : le point de vue langagier, l’appréhension verbale de ce « cours des choses » nous éloigne de l’analyse substantielle. Je ne prétends pas que cette approche soit incongrue, même je l’encourage : plus nous serons exigeants envers la maîtrise formelle, mieux nous partagerons et diffuserons nos connaissances, en en renouvelant l’élargissement donné de la sphère. Nous devrions davantage mesurer nos prétentions intellectuelles à l’usage de la langue française. C’est ce qui distingue l’acte indescriptible (dangereux) de l’acte réfléchi (conscient), par une explication rationnelle, et légitimée par un niveau global d’entente. Grosso modo, la véritable fonction du langage est de modérer nos actes. Je ne voudrais pas, hélas, que l’on me taxe d’appuyer des arguments d’art ou de poétique sur ma conception de l’hypnagogie, ou de l’onirisme. Je tire le meilleur parti de mon expérience vécue, dans sa manifestation plénière. Ça ne m’est pas grossièrement passé par la tête pendant que nous trinquions le kir à la main. Nous apprécierons la façon dont j’use d’humour, d’ironie ou de sarcasme : cela ne saurait déceler un manque de sérieux de ma part, dans ma démarche personnelle. Je respecte l’humour tel un facteur indispensable d’écoute, un moyen de séduire. Nous saisirons chez moi l’importance de dire les choses, intention inoffensive intellectuellement, inefficace sentimentalement, certaines femmes-muses étant tentées par des actes corps et âme plutôt que par des actes de parole. Ceci est tout à fait une autre histoire, que je raconterai plus tard à mes heures perdues4. J’avais précédemment étayé mes propos en employant le verbe " entendre ", ayant trait à un seuil/mélange d’écoute et de compréhension par rapport à l’Univers. Je n’ai pas changé a priori de disposition d’esprit concernant le mode d’appréhension poétique. Je ne me souviens guère du déjeuner, hormis du dessert (du caramel et de la mousse) ainsi que du vin blanc et rouge. Leur absorption m’engage souvent à m’exprimer davantage sur ma façon de voir le monde, sans qu’il y ait excès. Je reviendrai plus tard sur l’usage des narcotiques et des stupéfiants, auxquels je n’ai jamais touché, n’ayant même pas fumé un pétard ou un joint, au risque de passer pour un menteur patenté auprès de politiciens connus ou du Ministère de la Jeunesse. Venons-en à la réunion administrative ; le prix Jean Aubert de 2007 a engendré une bonne vente. En 2008, et dans la continuation de 2009, l’objectif a été de faire chuter le prix des ouvrages. À l’avenir, cette propension à la baisse devrait être progressive. La présentation biographique de chaque auteur au-dessus des poèmes paraît appréciée des lecteurs, il sera donc utile d’en favoriser les grandes lignes. Quant aux contrats à comptes d’éditeur et d’auteur, les premiers sont bien sûr à favoriser, quant aux seconds, il vaut mieux que cela passe par le regard critique des sociétés savantes, qui préfèrent juger ce mode de publication alternatif comme l’affaire des prestataires de service. Attention néanmoins à l’aspect protéiforme des comptes abusifs5. Évitons toutefois de sombrer dans la paranoïa juvénile : s’informer de préférence. Il n’y a pas de changement de ligne éditoriale. L’ambition est d’améliorer les relations publiques avec le domaine du livre, en collaboration avec les bibliothèques, les librairies, les universités. Les frais d’inscription de quinze euros correspondant aux frais d’adhérence à l’association, pas à la page payée pour un poème, ce qui rendrait la revue gauche, maladroite et chaotique, mais par forfait statutaire, ont été remis en cause, et feront certainement à l’avenir matière à débattre sur leur utilité concrète ou l’inanité de leur principe. Peu de revues littéraires, sauf quelques revues académiques ou associatives6, de bon aloi ou avec un certain âge d’ancienneté, font payer leurs auteurs ; il s’agit majoritairement de revues débutantes ou consolidées par des membres passionnés d’entourage savant. Autrement dit, nous parlons parfois de « compte d’auteur » parmi les revues demandant aux auteurs soit de s’abonner pour publier régulièrement, soit de payer leur page. À part quelques exceptions7, la pratique ne trompe pas : la qualité de la revue lambda en conséquence est relativement fragile, oscillant entre l’essai de néophyte et le tout-venant digne de l’amateurisme. Aussi, les frais d’inscription pour être membre actif n’influant pas du tout sur les critères de sélection du jury, la création d’un atelier d’écriture s’avérant difficilement envisageable, les écrivains venant des quatre coins de la France, travaillant, ménageant leur temps d’étude, la suppression de ces frais est vraiment négociable ; quant à la raison de son application effective, elle est due au fait que le lectorat, soucieux de qualité littéraire et d’intransigeance éthique, se méfie (à bon ou mauvais escient) de toute forme de participation financière à la publication de textes, pas forcément en connaissance de cause, mais surtout par l’appréciation généralisée de toute « anthologie défaillante par apport financier de ses auteurs ». En cela, il n’y aurait pas beaucoup d’intérêt à baisser ces frais d’inscription à cinq ou six euros, ce qui risquerait de faire accroire que le changement est lié à la crise économique. En revanche, l’initiative permettrait de lever l’ambiguïté sur la qualité particulièrement réelle et intrinsèque de la revue8. Si le désavantage a trait à la trésorerie, l’avantage, lui, est publicitaire : mode de sélection identique9 (l’organisation structurelle et le jury mis à part) à celui des revues de référence, plus de crédit extérieur10 accordé aux créations11. Le thème du jour ayant été le thème des anthologies, les auteurs de l’anthologie semestrielle sont invités à méditer là-dessus12. Il a été fait mention des formes émergeantes de la poésie chantée et dite : le slam13, par exemple. J’y reviendrai après. M. Picornot a aimablement résumé le cours des événements de la journée, je ne reviendrai donc pas sur la visite historique et culturelle de Honfleur, qu’il s’est appliqué à étudier, avec un certain entrain. J’aborderai le vaste thème de ma ville de naissance et de la ville artistique, non sans avoir dit quelques mots sur l’ouvrage intitulé L’archipel des solitudes, de Jean-François Zanette. À première vue, nous pouvons relever trois sortes de culture dans cette œuvre : religieuse, antique et poétique : versification impeccable, connaissance des divinités romaines et grecques, des rites funéraires, des instruments de la foi ; ce serait pourtant rendre injustice à ce titre de dépouiller le résumé de sa réflexion philosophique, et de sa portée idéologique. Et ce qui suscite l’intérêt immédiat, c’est la maîtrise technique, que suggère le choix pertinent de chaque verbe, l’harmonie de chaque rime, et l’agencement dynamique du rythme. En sorte que la roue temporelle tourne, elle tourne bien, elle tourne en boucle ; nous remarquerons que L’archipel des solitudes se construit sur un mouvement d’exercice spirituel, qu’il n’y a ni début ni fin, mais un travail effectué selon un temps modeste d’inspiration : pas de poème superflu, pas de superfétation qui eût gâché le fonctionnement de la clepsydre d’abstraction lyrique. Ne nous laissons pas duper par l’apparente finitude qu’implique le dernier texte, car chaque poème, chaque mot a valeur de rune illuminée ; c’est un principe phare d’ancrer la sphère idéelle dans une plage de mise en scène :
L’AÈDE
Des sommets de l’Olympe éternels et sereins
Aux jardins désolés des mondes souterrains,
De la Grèce aux abords méconnus de la Terre,
Les mortels et les dieux ont choisi de se taire
Pour écouter celui dont la voix et les vers
Font tressaillir les cœurs et troublent l’univers,
Car l’aède ce soir, dans le subtil délire
Qui monte vers l’azur sur les fils de sa lyre,
Raconte les exploits à la mer comme aux vents
Des héros disparus et des dieux bien vivants14.
D’aucuns d’affirmer que M. Zanette sacralise une vision poétique, traditionnelle, et séculaire, avec le schéma triangulaire du je à gauche de la base, à droite, le public auquel le chant ou poème s’adresse, en haut l’idéal, grâce auquel nous percevons la verticalité du rapport entre le poète terrestre et l’inspiration céleste. Nous passons d’Hadès à Zeus, ce qui déifie la pratique poétique, non pour la valoriser, ou mieux (pire), lui porter sa « marque de fabrique », mais pour ressusciter par le biais d’une croyance ancestrale allée d’un élan volontaire l’apparence du sacré, en avivant de prime abord la fertilité du mystère. Or, la conception, elle, est empreinte d’un certain classicisme, même si l’on perçoit quelques audaces d’esprit çà et là ; l’auteur aurait pu éventuellement se frotter au vers lyrique, qui, s’il est ingénument instauré, peut se révéler gracieux, émouvant, pour un style élevé. Pour qu’il y ait grandeur et hiératisme, il faut qu’il y ait symbole ; or, nous n’en manquons pas : l’Olympe, le royaume des dieux, les mondes souterrains, qui rappellent Cerbère et la barque de l’ami Charron, les abords méconnus, qui frôlent l’Atlantide, mais aussi ce qui n’était pas connu géographiquement à l’époque, la lyre, Orphée et Eurydice forcément, la domination des dieux et la vaillance des héros, Vénus avec Énée, le voyage d’Ulysse, Héra et Hercule, etc. Ce n’est qu’un détail supplémentaire de ce qui grouille en référence au bestiaire des origines.
RUMINESCENCE
Je regarde passer les trains,
C’est normal, je suis une vache ;
Loin du bonheur et des chagrins,
Je regarde passer les trains.
Mâchant l’azur et quelques brins
De l’herbe tendre que j’arrache,
Je regarde passer les trains ;
C’est normal, je suis une vache15.
Le dernier voyage s’apparenterait au renouvellement d’une fin pour un début : ainsi, l’ultime vers finissant du dernier tercet du sonnet précédent est repris comme premier vers du sonnet qui suit, ce qui renforce le contexte d’une impression constante d’onirisme, mettant en valeur le lieu d’être commun à différents espaces/temps. Là encore, un cycle sans rupture, qui consiste particulièrement en la subtilité finale de chaque poème conçu : continuité dans l’action, vraisemblance d’un devenir, ouverture au monde. Aucun sonnet ne présente de forme conclusive, ce qui eût fortement affecté la cadence générale. Au contraire, subtilité, finesse, mais surtout invitation à vivre une histoire abstraite, faite de mythes et de trips spirituels, ce qui ressemble majoritairement à un véritable rituel de lecture :
LE CHAT NOIR
Le diable quelquefois, trouble et furtif chat noir,
Surgit de son royaume au centre de la terre
Et ses yeux verts profonds reflètent le mystère
Inscrit en lettres d’or sur l’envers du miroir.
Malheur à qui le croise au détour d’un trottoir
Car jamais le matou sans nouveau locataire
Ne repart dans son fief sinistre et délétère,
Écrin de l’agonie et terme de l’espoir.
Là, pétri de terreur, le chœur perdu des âmes
Se tord, les bras tendus, dévoré par les flammes
Du brasier infernal, jusqu’à la fin des temps.
Assis sur un coussin, le félin flegmatique
Contemple sans frémir le flot des pénitents,
Immuable et secret comme une idole antique.
D’étape en étape, le lecteur est invité à accomplir chaque effort d’ascension pour accéder à la vie poétique. Et cela passe par une culture générale profuse et originale, qui pose les conditions sine qua non d’une évasion intemporelle où le moi tente de centraliser les reflets de miroir de l’Univers. L’Homme est un dieu pour son poème. Mais ce statut, éphémère, parce que créatif d’une œuvre consécutivement nouvelle, dont l’esprit subit, extérieurement, la pétrification graphique, donne naissance à un projet en devenir16, dont le contexte, même explicite verbalement, se révèle inconnu intimement, quant à l’interprétation de l’objet et du sens, elle donne lieu à des réflexions subjectives, car au plus loin de l’intimisme, au plus près de l’étymologie, de la cause à effet, de l’intertextualité, de ce qui fait l’analyse critique par référence. Dieu inaccessible, méconnu, dieu d’intemporalité dont le puits est insondable. On est dieu quand on écrit, on devient homme à se relire. C’est bien le sacrifice de l’immortalité pour l’infini que représente l’écriture. Or, on a bien vu à quel point l’aspect dynamique du vers est primordial dans la tournure du sonnet, pour contribuer à la reconnaissance publique, dès lors que le sens y est cristallisé : souvent, la quête de finitude de la part de l’artiste aboutit à conclure l’espérance de vie physique du poème : cela est dû à un coût de mise en forme, du fait d’étriquer scolairement la mise en scène, et de faire transparaître cette peine inutile par l’expression même, car comme je l’ai explicité autrefois, l’authenticité, quand elle est contredite par la mise en forme arbitraire, l’agencement régulier par convention, le parti pris humaniste ou moraliste, soit ce qui est voulu par l’usage, n’ayant aucun autre caractère de foi que celui de la conformité, ne pardonne pas. Nous pourrions prétendre que cela influence chez moi un esprit anti-classique : or - j’excuse le syllogisme -, le système classique s’adaptait à un art commun, puisqu’il a été voté unanimement, et qu’il facilitait sans aucun doute l’émergence de l’authenticité, pacte initial, quoique relativement indéfinissable, mais clairvoyant, de lecture. Je suis néanmoins de l’avis que quiconque appliquerait un système indépendamment de l’aisance à rédiger des vers en dehors des règles, n’accomplirait qu’une succession d’échecs, la gestation de l’esprit étant trouble, les poèmes seraient morts-nés. Le poème est telle une statue dont on découvre progressivement les beautés. Si le texte est écrit, tout est à penser. On est dieu dans la création comme Zeus, on en est juge à l’instar de Minos, Éaque et Rhadamanthe, on est mortel (humble) par la pensée, l’innovation, l’invention, l’idée, on l’est autrement par l’analyse critique de l’étude. Certains poètes "athées" furent simplement, dans leur entraînement exhaustif et leur labeur présomptueux, plus modestes à penser qu’à vouloir exposer les choses. Nous remarquerons que le Temps passant, il y a chez moi une modération de l’enthousiasme, qui est liée à la fois à l’apprentissage permanent de l’écriture, et à la connaissance du milieu littéraire, qui, n’en doutons pas, calme aussi vite les ardeurs que les espérances. Quant à moi, si je ne devrais pas tarder à publier – j’élabore petit à petit un monstrueux corpus, en même temps que j’envoie ou adresse des recueils de circonstance -, je profite des 20 à 30 ans pour faire mes premiers essais. J’ai eu le malheur la dernière fois de parler d’un de mes ancêtres, le hobereau de province et sieur Taffard de la Ruade ; je n’ai guère envie d’en ajouter plus, cependant, il ne serait pas rendu justice à la famille Taffard de ne pas faire mention de l’existence de Taffard de Saint-Germain, qui en faisant partie de la branche cousine, s’illustra à tel point, pendant le règne de Napoléon Bonaparte et le soulèvement royaliste, qu’il devint la gloire et la fierté des siens. Il n’y a guère longtemps que je m’intéressai à cet ancêtre peu commun, tantôt familier, tantôt aventureux, et je dénichai des informations fort intéressantes à son sujet en relisant les mémoires de Mme de la Rochejacquelein. Quelle surprise en effet, de tomber par hasard sur ce nom qui ne faisait pas d’équivoque possible, et qui plus est, s’imbriquait parfaitement parmi tous les vestiges et les indices retrouvés pour constituer l’histoire de la famille. En vérité, Taffard de Saint-Germain avait eu jusque là une existence paisible. Il s’était marié, avait des enfants, s’en tenait à sa condition présente avec beaucoup de philosophie et de résolution ; il y avait bien eu des corsaires dans l’entourage proche, mais durant ce siècle agité, en province, nous étions bien plus préoccupés par des soucis de propriété et des tempêtes fréquentes dans la région, que par les vicissitudes de la guerre en Europe, malgré le soulèvement récent des Vendéens et des Chouans. Ce qui caractérise Taffard de Saint-Germain, c’est bien une existence d’ombre au milieu de l’excitation belliqueuse et des événements majeurs qui secouent alors l’horizon de la France. Il y a bien eu Cholet et les refrains de la « soupe aux choux », mais l’affrontement s’est changé en guérilla, en assaut de postes. Le Duc d’Enghien passe au tamis : mauvais choix, Chateaubriand n’a pas aimé, les royalistes encore moins. Les exécutions sont parfois justifiées, suggérées, influées par une crainte paranoïaque qui provoque diverses attaques sporadiques. C’est Cadoudal qui déclenche l’hostilité. L’Empereur n’a pas la majorité, et ce qui se trame autour de sa personne prépare l’avènement et le retour sur le trône de Louis XVIII17. Au début du XIXème siècle, alors que les Taffard se seraient arrangés mutuellement pour soutenir l’un et l’autre parti, afin d’amener la confusion chez les républicains, songeant d’ailleurs à retirer pour un temps la particule18, ce qui viendrait à la renforcer, les Saint-Germain et La Ruade se montrent timides, attendant un moment plus propice pour réagir : les propositions ne sont pas satisfaisantes, il faut faire preuve de patience. À force de prudence, l’autorité abuse du pouvoir qui décide enfin l’un des deux1920. L’Histoire paraît néanmoins beaucoup plus calme que ce que rapportent nombre témoignages21. En vérité, Taffard de Saint-Germain est impliqué dans quasiment toutes les affaires de diplomatie, que ce soit avec Wellington, La Rochejacquelein, le Duc d’Angoulême, le maire de Bordeaux ; et pour cause : il est l’agent personnel de Louis XVIII, participe à des opérations délicates où se mêlent l’intrigue et le danger. Plus tard, Taffard de Saint-Germain deviendra commissaire royal de Guyenne. Pas étonnant alors que le maire de Bordeaux à l’époque, Jean-Baptiste Lynch, qui était connu pour ses penchants royalistes bien avant de s’allier à l’Empereur français, s’adresse directement à lui à Paris en 181322, où il espionne et surveille les politiciens, lit les nouvelles et tend l’oreille aux bruits qui courent. Il est dirait-on, l’un des premiers meneurs de l’organisation royaliste : avec ses fidèles Rollac et Bontemps-Dubarry, il permet d’établir des relations durables entre Wellington, le Duc d’Angoulême23, et les chefs connus pour leur fidélité d’appartenance24. Nous apprenons qu’au-delà des réunions nocturnes où il rencontre La Rochejacquelein, de Gombault, de Saluces, de Pommier, Queryaux, du Barry, Luetkens, Macarty, Gauthier et Mondenard, ainsi que des émigrés25, il se présente comme le principal artisan de la venue du Duc d’Angoulême à Bordeaux26, comme en témoignent les Mémoires pour servir à l’histoire de France de Jacques Barthélemy S. Salgues : « M. le comte Lynch, maire de la ville, attendoit le moment favorable : il étoit secondé en secret par MM. Taffard de Saint Germain et Mondenard », et plus spécifiquement, l’Histoire de la chute de l’empire de Napoléon : « Le commissaire du Roi, voyant qu’il ne fallait plus hésiter (11 Mars), donna l’ordre, par écrit, à tous les chefs des compagnies qu’il avait organisées, de se munir de cocardes blanches, pour s’en parer lorsque le Roi serait proclamé ; on prépara aussi un drapeau blanc, pour l’arborer sur la tour de l’église Saint-Michel, à l’arrivée du maréchal Béresford qui s’avançait sans difficulté. Les habitants de Roquefort et de Bazas reçurent le duc d’Angoulême avec acclamation, avant que Bordeaux se fût déclaré. Enfin, dans la matinée du 12 Mars, le bruit de l’approche des troupes anglaises se répand de toute part ; des estafettes courent à leur rencontre, et les députés, parmi lesquels étaient MM. Larochejacquelein et Bontemps, partent pour aller porter au duc d’Angoulême, le vœu des Bordelais. » À partir de là, les informations s’éparpillent, et sans même avoir connaissance de la date de son décès, les récits historiques deviennent incertains. Il a vécu longtemps après, ce qu’attestent quelques rapports administratifs balayés ci et là. J’appris que plus tard, certains descendants avaient visiblement décidé de s’expatrier vers les États-Unis. En ce qui le regarde, nous savons qu’il a voyagé en Angleterre, en Espagne, qu’il entretint une relation étroite avec la haute sphère parisienne, incognito, sans preuve concrète. Qu’il ait brandi le pistolet ou dégainé l’épée est plus que vraisemblable. Les missions risquées, les fuites précipitées sont le signe d’une agitation manifeste. Pas de mémoire, visiblement. Une grande tante, qui, dans un accès de folie, aurait brûlé toutes les lettres de noblesse dans la cheminée d’une demeure inconnue. Un des membres qui aurait fait ses bagages avec la majeure partie de la fortune des siens. Voilà ce que j’ai découvert à son propos. Ses nom et prénom sont également indexés sur la Table générale des noms propres conçue par Maurists. Il a logé un temps à l’Hôtel Duffau de Lamothe, 13 rue Thiac, où il fut commandant en chef de la garde royale et président du Conseil. J’ai suivi sa descendance vers le milieu du dix-neuvième siècle ; un Taffard de Saint-Germain est Lieutenant de vaisseau du brick surnommé " Zèbre ", possédant dix canons, ayant participé à l’expédition au Mexique en 1838. De nouveau, un Taffard de Saint-Germain Capitaine de Vaisseau à hélice, pendant la bataille de Crimée27. Vraisemblablement, carrière dans la marine. Il y a une ou deux générations, un Taffard de la Ruade serait venu en aide à un Taffard de Saint-Germain. Il est de bon ton dans la famille de se venir mutuellement en aide. Et là, plus de contact. Une bouteille à la mer. Je reconnais que ça sent la cire de mobilier de Second-Empire à plein nez, et que le dépoussiérage du passé peut occasionner à divers instants une crise d’asthme contemporaine. Nous pouvons avoir une maturité littéraire sans pour autant avoir d’expérience sociale. L’affermissement du caractère d’un auteur, c’est la relativisation de la fraternité artistique ; c’est vrai entre amis, entre passionnés, entre gens qui partagent un intérêt commun et se font une haute opinion de l’art littéraire, malgré les divergences de points de vue. Autrement, dans le milieu proprement artistique et financier, c’est une affaire de rentabilité et une question de personnalité ; nous avons bien vu à quel point les rentrées d’argent lors d’une exposition, peu importe où et laquelle, favorisent la réputation extérieure d’un auteur : l’image se bâtit pour faire de l’ombre à l’intimité, comme si l’immortalité se distinguait par l’immobilisme. Un peu comme si cette reconnaissance iconographique s’avérait gage d’infinité. N’appréciez pas culturellement tel artiste contemporain qui provoque des inondations à l’entrée des musées, et les représentants du monde de l’entreprise vous diront que vous ne faites pas partie des « modernes », des « amateurs éclairés », que vous n’appréciez pas la « modernité ». Il y a bien sûr, évidemment, le besoin de reconnaissance académique : du moment que l’honneur soit sauf... C’est un checkpoint de gagné ! Il n’est pas étonnant de voir des éditeurs qui se croient indispensables – tels des jurys de concours administratifs – en fraternité ou camaraderie avec un tas d’auteurs égocentriques, parvenus à « satisfaire ». Il existe en effet de l’immaturité intellectuelle et de l’immaturité éditoriale. Contrairement à ce que l’on peut penser, il faut qu’au moins l’un des deux ait une ascendance, aussi relative et apparente soit-elle, sur l’autre. Que serait un artiste mature ? Ce serait un auteur indépendant : quelqu’un capable d’innover sans s’adapter constamment au cours évolutif de l’art, mais pris dans son mouvement substantiel, passant ou non inaperçu entre deux marées hautes d’expressions et de voix personnelles. Si l’artiste est créateur de mode, il ne saurait en rien l’appliquer, sans se fondre dans la masse des noms propres ; c’est un principe d’éthique qui vaut sacrifice à l’authenticité : cependant, ce serait le cas d’un artiste mature et éventuellement d’un auteur immature, s’il avait l’intention de publier via une maison d’éditions traditionnelle. Un auteur mature serait volontairement artiste immature, s’il adaptait son art et réservait exclusivement ses capacités aux choix et aux besoins d’un éditeur mature dans la mesure où il orienterait la création pour un public choisi, ou selon ses critères subjectifs de littérarité textuelle. L’éditeur immature est loin d’être recommandable, parce qu’il ne garantit pas de valeur autant sociale qu’artistique ; d’ailleurs, il serait en proie à tous les types génériques d’individus pensant et créateurs. L’artiste mature a un statut problématique : il est à la fois mature dans sa conception de l’art, mais peut se révéler inefficace, déficient dans sa pratique artistique, alors que l’immaturité « embauchée » peut être synonyme de future réussite dans le show business de l’art. La différence proéminente avec l’éditeur immature est que cet éditeur ne sollicite pas, mais gage sur une reconnaissance nulle en terme d’image et de représentation artistique. Un artiste mature a des chances d’être un auteur immature, un artiste immature, au contraire, peut être conduit, s’il est dominé par l’édition contemporaine, à devenir un auteur mature : je valoriserais, quant à moi, davantage les auteurs indépendants, et a fortiori, je les mettrais en relation avec des éditeurs indépendants !... Je suis persuadé que la véritable attention poétique se reconnaît entre deux partages de solitude. J’ai toujours été hermétique à ces fraternités de clan, qui, sous prétexte de rappeler à l’esprit du groupe les « grands » de la littérature mondiale, se coupent de l’intelligentsia en reste. Il y a toutefois une sacralisation encore bien vivante de la vision de l’écrivain comme du poète ; cela rappelle ironiquement la vision des statuts de fonctionnaire et de l’injure « paysan » : d’un côté le stéréotype de la mécanique autoritaire, de l’autre, du vieux grincheux. Il y a des tempéraments bien distincts, loin de s’opposer artistiquement (ce qui relève du principe d’intelligence) : les contemplatifs et les iconoclastes. Ceux qui construisent naturellement leur rapport au monde au gré des situations, les autres qui appréhendent les situations pour reconstruire leur rapport au monde. Or si dans le premier cas, nous pouvons parler de rapport naturel, l’autre cas suggère le rapport volontaire : tantôt il est fait mention de contact immédiat, tantôt d’adaptation particulière. En premier lieu, je serais tenté de croire que la seconde disposition d’esprit évoquée apparaît comme ambitieuse ; la première disposition « vit » les choses sans adhérer à l’évolution furtive du monde, la seconde cherche à s’identifier, à introvertir le " dehors ", ce qui permettra de distinguer d’abord la démarche vitale de la démarche scientifique dans la vie quotidienne. Sommes-nous poètes dans ces temps-ci, et autrement dit, à quel moment sommes-nous poètes ? Je pense que successivement, notre interaction avec le monde passe par ces deux étapes latentes. Nous pensons la poésie et nous la vivons un tant soit peu, ce qui explique partiellement le fait que nous écrivions, malgré l’aspect fixe et neutre de l’emploi du temps, non pas à un moment donné, mais à un moment voulu pour dire les choses. Je ne nie pas d’ailleurs qu’il y ait ballottement entre la conscience et l’inconscient, que le dernier soit réparateur du précédent, que la vie engendre l’idée. Nous remarquons toutefois que nous sommes plus prompts à nous exercer inopinément à l’écriture au moment où nous vivons exactement les choses ; empressement, alors ? Il y a surtout motivation de l’acte, quant à l’appréhension, elle équivaudrait en fait davantage à une motivation de « mise en forme poétique ». De là surgit l’exigence du surréalisme, dans cette relation conjointe s’inscrivant exclusivement dans l’espace/temps. Le surréalisme ne pouvait s’attendre à un résultat miracle, malgré la modernité du mouvement, ou aborder l’étude de façon conclusive ; mais là n‘était pas son but, car modestes étaient ses moyens, humain était son art. Le transport linéaire doué de sens, la poésie surréaliste ne pouvait être affectée de représenter « tout et n’importe quoi » : c’est aussi une tendance au renversement des valeurs, un comportement parfois « animaliste », la philosophie quotidienne mise en œuvre. Si l’Ombilic des limbes28 d’Antonin Artaud ou les courts métrages d’André Breton sont si « crûment » clairvoyants, c’est que la poésie du verbe ou du regard reflète le for intérieur des acteurs et des individus : on les voit, les yeux étincelants des âmes sensibles ! Je l’ai remarqué depuis longtemps ; c’est même ainsi qu’à travers un contact de passage, vital et éphémère, les écrivains et les poètes se reconnaissent : ils ont la vie au bord des larmes, l’humanité grosse comme « un poing de fonctionnaire29 », le cœur énorme comme une citrouille, de celles que l’on voit fraîchement écrasées, sans compassion et attendrissement, sous les pieds d’une foule sinon mal pensante, pressée de sauver sa peau, de préserver sa blancheur, de laisser transparaître son innocence, de se farder d’un khôl d’orgueil, de domination, de s’apprêter de professionnalisme, de franchise et de zèle, au moins subjuguée par ses propres malheurs, et virtuellement indifférente au cours général des choses. Et c’est bien la mise en scène qui a gêné l’éthique et la vigueur raisonnante du surréalisme : c’est qu’à force de miroirs, de matière limpide placée l’une sur l’autre sans ménagement, les reflets des profondeurs du moi au monde aboutissent rarement à la vue de l’esprit avec la pureté qu’on a plus souvent vantée que reproduite, malgré les engouements déjà victorieux à l’annonce du plan de mise en forme artistique. La vision imaginative, bien qu’elle demeure d’un accès facile à l’esprit, m’a toujours paru valoir mieux que tous ces essais réunis au sein des corpuscules soi-disant savants, et à l’avant-garde de la poésie comme texte, qui valent pour moi prétexte de littérature, et plus matière à prétention artistique que matière à substance. J’y vois cependant une émancipation des variétés en théorie et non pas une rupture de stock, les mises en pratique étant susceptibles de débats sur leur intérêt poétique. À gager que toute cette condensation désinvolte soit noirceur, pourriture et nullité, elle offre un panorama textuel tout à fait riche et éloquent de la littérature française. Or, il existe une base de contact vital chez tout poète digne de ce nom, dont la construction symphonique et l’échafaudage verbal tendent soit à voiler l’aspect pour en diffuser l’objet principal, soit à en féconder toute la fleur harmonieuse, un peu comme une césure entre deux hémistiches, généralement en toute simplicité de style. À cet effet, toute structure pensée est toujours plus pertinente et significative, malgré les apparences, que le fait de penser la structure, ce qui brouille la vision aspectuelle de l’objet, annihile l’idée du vrai au profit du beau maniéré, faisant qu’un sonnet puisse être parfaitement rédigé au lieu d’être écrit, mais d’une platitude lamentable.
LA RUE
La rue sexuelle s’anime
le long des faces mal venues,
les cafés pépiant de crimes
déracinent les avenues.
Des mains de sexe brûlent les poches
et les ventres bouent par dessous ;
toutes les pensées s’entrechoquent,
et les têtes moins que les trous.
29 Nicolaï Vassilievitch Gogol, Nouvelles de Saint-Pétersbourg ; Le manteau.